CAILLOU DANS LA CHAUSSURE
L’expression du « caillou dans la chaussure » est attribuée à Houari Boumediene et reprise ensuite par Abdelaziz Bouteflika. L’idée était de concevoir la question du Sahara comme un moyen de gêner la marche du Maroc, de l’entraver dans son développement et de le pousser à l’instabilité politique. Dans un éditorial marocain, on rappelle que Boumediene et Bouteflika avaient imaginé le dossier du Sahara comme un instrument de déstabilisation, mais que l’histoire a pris une autre tournure avec la Marche Verte et l’intégration progressive des provinces sahariennes dans le développement national.
Ce qui est intéressant, c’est que Boumediene lui-même, dans un discours de juin 1975 à Adrar, avait reconnu la marocanité du Sahara et appelé à une solution entre le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne, sans mentionner le Polisario. Cette position initiale contraste avec la ligne adoptée plus tard par Alger.
On voit donc une double dynamique : d’un côté, une stratégie algérienne visant à maintenir une pression sur le Maroc par le biais du Polisario, et de l’autre, une évolution historique où le Maroc a transformé ce « caillou » en un moteur de cohésion nationale.
l’Algérie a longtemps affirmé qu’elle n’était « pas partie prenante » du conflit du Sahara, se présentant comme simple « pays voisin et observateur ». Pourtant, dans les faits, son rôle est bien plus actif.
Position officielle : Alger insiste sur le fait que seuls le Maroc et le Polisario sont les protagonistes directs, et que l’Algérie n’est là qu’en qualité d’observateur dans les négociations internationales .
Réalité diplomatique et militaire : l’Algérie héberge les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf, arme et finance le Polisario, et mène une diplomatie active pour obtenir des reconnaissances de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) .
Objectif stratégique : selon plusieurs analyses, ce soutien vise à briser l’enclavement continental de l’Algérie en lui offrant une « fenêtre sur l’Atlantique » à travers un État sahraoui fictif .
Tableau comparatif
| Algérie (discours officiel) | Algérie (actions réelles) |
|---|---|
| « Observateur » dans les négociations | Présence directe aux pourparlers, parfois en coulisses |
| Non partie prenante | Hébergement des camps de Tindouf |
| Défense du « droit à l’autodétermination » | Armement, financement et diplomatie en faveur du Polisario |
| Neutralité affichée | Stratégie géopolitique pour un accès indirect à l’Atlantique |
Ce décalage entre le discours et la pratique explique pourquoi le Maroc considère l’Algérie comme acteur central du conflit, malgré ses dénégations.
Presque 500 milliards de dollars sont englouties par l’Algérie dans son soutien au Polisario depuis 1975. Selon ces sources, il s’agit d’une estimation cumulative des dépenses militaires, diplomatiques, logistiques et humanitaires liées à la cause séparatiste. Certains observateurs affirment même que le montant réel dépasserait ce seuil, tant le soutien a été constant et multiforme.
Points clés
Nature des dépenses : financement direct du Polisario, armement, diplomatie pour obtenir des reconnaissances de la RASD, gestion des camps de Tindouf.
Impact économique : un gouffre financier qui pèse sur l’économie algérienne, surtout dans un contexte de besoins sociaux internes non satisfaits.
Évolution récente : face aux tensions économiques, Alger a commencé à réduire son enveloppe budgétaire annuelle destinée au Polisario (de 180 à moins de 120 millions de dollars en 2025).
Tableau synthétique
| Période | Type de soutien | Coût estimé | Conséquences |
|---|---|---|---|
| 1975–1990 | Armement, diplomatie, camps | Montants élevés mais non chiffrés | Consolidation du Polisario |
| 1990–2010 | Reconnaissances diplomatiques, aides logistiques | Cumulatif vers centaines de milliards | Peu de résultats concrets |
| 2010–2025 | Aides financières directes, maintien des camps | Estimation globale ~500 milliards $ | Fardeau économique, contestation interne |
| 2025–… | Réduction des aides (120 M$/an) | Baisse de 30% | Tensions avec le Polisario |
Ce paradoxe est frappant : l’Algérie continue de se dire « non partie prenante », mais elle a investi des sommes colossales dans un projet qui n’a pas abouti à un État reconnu ni à une solution durable.
Conséquences de ces dépenses
Économie interne : ces sommes auraient pu être investies dans les infrastructures, l’éducation ou la santé en Algérie. Beaucoup de voix critiques dénoncent un « gaspillage » qui a freiné le développement social.
Diplomatie : malgré ce soutien massif, la RASD n’a jamais obtenu une reconnaissance universelle. Plusieurs pays ont même retiré leur reconnaissance au fil des années.
Rapport de force régional : le Maroc a transformé cette pression en levier de cohésion nationale, tandis que l’Algérie s’est retrouvée avec un fardeau financier et diplomatique.
Lecture stratégique
On peut voir cette dépense comme un pari géopolitique : Alger espérait créer un État sahraoui qui lui offrirait une ouverture sur l’Atlantique. Mais ce pari n’a pas abouti, et le coût est devenu un sujet de contestation interne.
Ce contraste entre discours officiel de neutralité et investissement massif est au cœur de la perception marocaine : l’Algérie est bel et bien partie prenante, malgré ses dénégations.





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